Un texte de Josée Belisle, accompagné des propos de l'artiste

 L'oeuvre au noir ou les passages de l'ombre

Josée Belisle a été commissaire et conservatrice de la Collection permanente au Musée d'art contemporain de Montréal de 1988 - 2015. Ce texte a été publié à l'occasion de l'exposition Roland Poulin, présentée au MACM du 5 novembre 1999 au 26 mars 2000.

 

Depuis 30 ans, Roland Poulin bouscule l'ordre établi de la chose sculpturale et propose, en réponse au chaos existentiel, des voies de passage formelles où coexiste l'intime, le tragique et une éloquente résistance. Ses sculptures et ses dessins sondent les profondeurs d'espaces reconstitués, où se confondent le réel et les apparences, l'idée de l'objet et l'infinie rigueur de sa mise en forme. 

Tout au long d'un parcours exigeant et sans concession, l'artiste s'interroge sur les spécificités d'une pratique ancrée simultanément dans la connaissance de la tradition et la réévaluation de son abandon moderniste. « Ce que Roland Poulin appellera son désir de produire des "objets difficiles" désigne justement des objets de représentation conjuguant les résultats perceptifs de points d'observation différents sur le réel, qui sont donc impossibles à "percevoir" dans le même moment, mais qui produisent des images mnésiques qui exigent d'être intereliées dans la construction d'un système de représentation » (Fernande St-Martin). Primordiale, la dimension temporelle de l'expérience sous-tend l'oeuvre et la valide. Concises, denses, minimales, les formes livrées au regard se dévoilent et prennent sens dans l'alternance du vide (original, absolu) et du plein (la matière fabriquée). 

Pour moi, le sens ne précède jamais l’expérience. Je ne tiens pas à proposer au spectateur une expérience où il est subjugué par le travail parce qu’il est dépassé par l’échelle : c’est à son échelle. On peut participer, faire l’expérience de ces sculptures, s’arrêter, être dans un état d’attention ou de contemplation active en se déplaçant autour de l’objet. On a déjà dit de mes sculptures : “They are slow sculptures.” Les sculptures ne viennent pas vers nous : il faut aller vers elles, il faut en faire l’expérience, c’est une expérience temporelle, qui se déroule dans le temps qui s’adresse à tous les sens.

Les propos de Roland Poulin sont extraits des entretiens accordés au cours de la préparation de l'exposition au MACM.


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